4. le dogme de l’intelligence

En 1500, le Noir était humilié et considéré comme un être inférieur. En 2013, le bonobo est, lui aussi, humilié et considéré comme un être inférieur. Loin de moi l’idée de minimiser le calvaire historique des peuples noirs. Au contraire, non seulement je reconnais leur souffrance, mais je ne peux également que reconnaître la souffrance du peuple animal même si, lui, n’apparaît pas dans les livres d’histoire : élevage intensif, vivisection à but expérimental, zoo…
Ceux qui disent que comparer un Noir à un bonobo est indigne, je leur dis qu’il est indigne de sous-entendre que le bonobo est inférieur à l’humain en général. Ainsi je justifie ma perspective horizontale qui n’accorde aucune supériorité objective d’un humain face à un autre humain, ni face à un animal.

Bien sûr, il existe des théories qui justifient une position anthropocentriste plaçant l’être humain au-dessus du singe. Toutefois, des théories similaires, hiérarchisant autrefois les humains aux dépens des Indiens ou des Noirs, n’ont plus lieu d’être aujourd’hui. Avec le temps, le progressisme philosophique a réformé nos perspectives en nous encourageant à l’ouverture. L’optimisme semble donc permis.
Par analogie, on peut alors remettre en question les argumentaires justifiant la supériorité de l’Homme sur d’autres entités, animales ou non, ce qui pourra occasionner quelques conflits, de la même manière qu’entre Sepulveda et Las Casas lors de l’épisode de la Controverse de Valladolid (autrefois la couleur de la peau, aujourd’hui l’intelligence). On peut également se questionner sur le véritable but de ces justifications sophistiques. En effet, les arguments anthropocentristes sont égocentriquement orientés en faveur de l’Homme : la justification de la condition supérieure de l’être humain par sa supériorité intellectuelle est plutôt flatteuse et facile puisqu’elle se base sur l’observation d’une différence de fonctionnement entre l’Homme et les autres espèces, pour que l’Homme puisse se déclarer vainqueur à l’issue de cette comparaison, alors qu’il est lui-même l’inventeur du jeu et l’arbitre. De plus, l’intelligence serait alors présupposée comme un atout, un bienfait : et si l’intelligence humaine était un mal duquel il faudrait guérir pour connaître la sérénité ? Cette question s’appuie sur l’observation de manifestations émotionnelles plus intenses chez des primates ayant appris le langage des signes.
Non seulement l’intelligence humaine n’a pas encore permis de rendre heureux tous les Hommes, mais au contraire elle semble être la première cause de leurs souffrances.

Si les êtres intelligents sont les plus tourmentés, les plus malheureux, il n’y a alors aucune fierté particulière à tirer de ce statut d’animal le plus intelligent.

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